Porsche 944 S Targa

Au sein de la riche et complexe famille Porsche des années 1980, certaines créations incarnent à merveille l’équilibre recherché par la marque entre sportivité, quotidien et innovation technologique. La Porsche 944 S Targa, introduite au catalogue en 1988, représente un chapitre fascinant et rare de cette histoire. Elle réunit en une seule voiture trois éléments distinctifs : la plateforme éprouvée et équilibrée de la 944 S, le concept de toit ouvrant « Targa » hérité des glorieuses 911, et l’injection de 16 soupapes qui libère le plein potentiel du moteur quatre cylindres en ligne. Loin de la frénésie de la 911 Turbo ou de la radicalité des modèles de course, la 944 S Targa incarne le versant « grand tourisme » et hédoniste de Porsche. Elle est conçue pour ceux qui cherchent les sensations d’une authentique sportive allemande sans renoncer à la lumière, à l’air libre et à l’élégance décontractée. Cette analyse se propose de décortiquer les spécificités de ce modèle de niche, en explorant la pertinence du concept Targa sur une voiture à moteur avant, les avancées techniques de la version « S », et la place singulière qu’elle occupe dans le paysage Porsche de la fin des années 1980, à l’aube de changements majeurs pour la marque.

Le concept Targa, un héritage revisité

Le nom « Targa » est l’un des plus chargés d’histoire chez Porsche. Inventé en 1965 sur la 911 pour répondre aux craintes américaines concernant la sécurité des cabriolets, il désignait à l’origine un modèle avec un arceau de sécurité fixe et un toit amovible. Sur la 944, introduite en 1982, Porsche attendit plusieurs années avant de décliner ce concept. La 944 Targa, lancée en 1986, adapte le principe avec une solution ingénieuse et plus moderne : un large panneau de toit en verre teinté, coulissant électriquement sous le hayon arrière. Ce n’est pas un toit rigide amovible, mais un grand toit ouvrant électrique, offrant une sensation d’espace et de luminosité proche d’un cabriolet, tout en conservant la rigidité structurelle et la sécurité d’un coupé. Sur la version « S », ce système acquiert une dimension supplémentaire. Il s’adresse à une clientèle recherchant une expérience de conduite plus sensorielle, plus connectée à l’environnement, sans les inconvénients parfois pratiques d’un cabriolet complet. Le Targa apporte ainsi une touche de légèreté et d’ouverture à la silhouette sobre et fonctionnelle de la 944, renforçant son caractère de grand tourisme moderne et raffiné.

La 944 S, l’apogée du quatre cylindres atmosphérique

Pour comprendre la 944 S Targa, il faut saisir les progrès incarnés par la version « S ». Dévoilée en 1987, la 944 S marque un saut technologique majeur pour le moteur de 2,5 litres. Porsche abandonne le traditionnel arbre à cames en tête pour adopter un double arbre à cames en tête (DOHC) et 16 soupapes. Cette architecture, plus complexe, permet de meilleurs remplissage et vidange des cylindres. La puissance passe ainsi de 163 à 190 chevaux, et le régime de puissance maximum s’élève à 6000 tr/min. Le couple reste élevé et la courbe de puissance plus linéaire et élastique. Ce moteur, souvent considéré comme le plus abouti et le plus « noble » des blocs quatre cylindres de la 944, confère à la voiture un caractère plus libre, plus respirant et plus sportif. Il se distingue également par son son, plus rauque et déterminé que celui du moteur 8 soupapes. La 944 S Targa hérite donc de cette mécanique de pointe, faisant d’elle non pas une version d’apparat, mais bien la déclinaison ouverte de la plus performante des 944 atmosphériques. Elle combine ainsi le plaisir de la conduite à ciel ouvert avec les sensations d’un moteur vif et techniquement avancé.

Design et équipements, l’élégance fonctionnelle

La 944 S Targa possède une esthétique très équilibrée et intemporelle, typique du design Porsche des années 1980 signé par Harm Lagaay. Sa ligne, issue de la 924 mais considérablement enrichie et musclée, est caractérisée par des courbes tendues et des volumes pleins, notamment les célèbres ailes arrière voluptueuses qui abritent le réservoir d’essence, une signature de la 944. Le toit Targa, avec son large arceau noir, ajoute une rupture graphique qui dynamise la silhouette. L’habitacle est un modèle d’ergonomie et de qualité de fabrication. Le poste de conduite est orienté vers le conducteur, avec des instruments clairs et un sentiment de cockpit enveloppant. La qualité des plastiques, des tissus et du cuir est nettement supérieure à celle des concurrentes de l’époque. La 944 S Targa était généralement très bien équipée : climatisation, sièges électriques, vitres électriques, et bien sûr, la commande électrique du toit coulissant. L’ambiance est celle d’une voiture de grand tourisme sophistiquée, où le sportif se mêle au confort et au luxe discret. Elle représente l’idéal d’une Porsche accessible et quotidienne, mais sans concession sur la finition et le sentiment de qualité.

Comportement routier, l’équilibre en mouvement

La conduite de la 944 S Targa est une démonstration magistrale de l’équilibre inhérent à la philosophie « transaxle » de Porsche (moteur avant, boîte de vitesses et différentiel arrière). La répartition des masses est quasi parfaite, avec un ratio de 50/50 ou très proche. Cet équilibre fondamental se traduit sur la route par une neutralité et une précision remarquables. La direction, précise et chargée d’un effort progressif, communique fidèlement les informations de la route. Le châssis, ferme mais jamais dur, gère les virages avec une aisance et une stabilité qui ont fait la renommée du modèle. Le moteur 16 soupapes, plus véloce, se montrait plus enclin à monter dans les tours que le 8 soupapes, offrant des sensations plus vives. Le toit Targa, grâce à la rigidité soigneusement préservée de la caisse, n’altère pas significativement le comportement. La voiture reste fidèle à elle-même : agile, prévisible et incroyablement sûre. Elle ne procure pas la sensation de danger maîtrisé d’une 911, mais une confiance en soi immédiate, permettant d’exploiter ses limites avec sérénité. C’est une voiture qui flatte le conducteur, le rendant meilleur, et qui fait de chaque trajet, même banal, un moment de plaisir piloté.

Positionnement et réception, un modèle de niche

La 944 S Targa occupait une niche très spécifique au sein de la gamme Porsche de la fin des années 1980. Elle se situait au-dessus de la 944 2.5 classique et de la 944 2.7 de 1989, mais en dessous de la suralimentée et extrême 944 Turbo S. Son prix était conséquent, la plaçant face à des concurrentes prestigieuses comme certaines BMW Série 3 Cabriolet ou Mercedes-Benz SL. Sa clientèle était celle d’amateurs exigeants, recherchant la combinaison unique d’une mécanique Porsche sophistiquée, d’un châssis de référence et de l’agrément d’un toit ouvrant, le tout dans une voiture relativement discrète et utilisable au quotidien. La presse de l’époque saluait son équilibre global, la qualité de sa fabrication et le caractère abouti de son moteur 16S. Toutefois, certains puristes regrettaient peut-être qu’elle ne soit pas plus radicale, et le public plus large fut souvent captivé par le mythe de la 911, laissant la 944, et particulièrement ses versions Targa, dans un rôle de second plan brillant. Aujourd’hui, cette rareté et ce positionnement atypique en font un modèle très apprécié des connaisseurs de la marque.

Héritage et postérité, le dernier feu d’un concept

La 944 S Targa représente l’un des derniers feux de la lignée 944 avant son remplacement par la 968 en 1992. Elle incarne l’aboutissement de plusieurs concepts chers à Porsche à cette époque : le moteur à 4 cylindres en ligne perfectionné, l’équilibre transaxle, et l’adaptation du concept Targa à une architecture moderne. En tant que telle, elle est le témoin de la maturité de la 944. Son héritage est double. D’une part, elle a prouvé la viabilité et le succès d’un grand toit ouvrant électrique sur une sportive, une idée que Porsche perpétuera. D’autre part, elle reste, avec la Turbo Cabriolet, la version la plus hédoniste et « lifestyle » de la 944, une voiture pour le plaisir de conduire et de voyager sous le ciel. Aujourd’hui, dans le monde de la collection, la 944 S Targa est recherchée pour son caractère complet et sa rareté relative. Elle est perçue comme l’une des plus agréables et des plus polyvalentes des 944, un modèle capable d’associer plaisir de conduite, confort, ouverture et fiabilité mécanique. Elle clôt en beauté l’histoire des 944 atmosphériques de haute performance.

Conclusion

La Porsche 944 S Targa est bien plus qu’une simple variante à toit ouvrant. Elle est la synthèse réussie de plusieurs philosophies Porsche : l’innovation technique avec le moteur 16 soupapes, la recherche de l’équilibre dynamique parfait avec l’architecture transaxle, et l’art de vivre au volant avec le concept Targa. Elle représente le versant civilisé, mature et hédoniste de la sportive allemande des années 1980. Dans un monde automobile souvent polarisé entre les purs-sangs implacables et les coupés de luxe lourds, la 944 S Targa a tracé une voie médiane d’une grande justesse, offrant des sensations authentiques sans rudesse, et un raffinement certain sans mollesse. Son analyse révèle l’intelligence d’une marque capable de décliner son ADN sportif dans des propositions variées et cohérentes. Modèle de niche, abouti et séduisant, la 944 S Targa demeure un chapitre essentiel pour qui veut comprendre la diversité et la richesse de l’histoire Porsche au-delà de l’ombre immense de la 911. Elle est la preuve qu’une Porsche peut aussi être une compagne de route lumineuse, élégante et sereinement talentueuse.